UN SITE... EXPLOSIF

   

 

    Il faisait déjà chaud en cette belle journée de juin :  l'été était déjà vraiment installé. Paul R., consultant en sécurité, débarqua dans la région toulousaine où il devait visiter un nouveau client pour un audit de sécurité d'un laboratoire pharmaceutique. Il prit un taxi après une attente interminable car, dans les aéroports de province, il n'y a parfois qu'une poignée de taxis ce qui fait qu'on doit attendre le retour des voitures après qu'elles ont déposé leurs premiers clients. Le chauffeur était d'humeur badine et il s'enquit de l'objet du voyage de Paul en lui demandant s'il venait au congrès international des neurologues qui se tenait dans la cité rose. Paul lui répondit en lui demandant si le thème du Congrès ne serait pas les dysfonctionnements du système encéphalique de Douste-Blazy. Le chauffeur répondit qu'ils ne seraient jamais assez nombreux pour examiner un tel cas qui défiait la science moderne ; la conversation glissait ensuite sur les performances modestes du club de rugby toulousain en cette année 2006.

    Il arriva sur le site et paya le taxi. Le laboratoire était un petit campus avec des bâtiments disparates. Une haie de lauriers mal entretenue séparait le domaine de la rue. Paul R. s'identifia auprès du gardien chargé de  manoeuvrer la barrière d'accès qui empêchait les véhicules de pénétrer sur le site. On lui indiqua le chemin, Paul passa devant un petit local octogonal et il rejoignit la bâtiment à très immédiate proximité. Le Centre de traitement informatique était au premier étage et Paul erra un peu dans les couloirs à la recherche de son interlocuteur, Jean Praslin, responsable de la production informatique. L'immeuble datant du début des années cinquante, était construit dans un méchant béton, à la limite de la vétusté. L'intérieur aurait mérité un coup de fraîcheur et l'ensemble avait un caractère triste et morne (avec des tableaux ringards sans doute récupérés dans une brocante), heureusement compensé par le soleil qui illuminait les vastes fenêtres qui n'avaient pas connu le chiffon depuis belle lurette.

    Il fut reçu très aimablement par Praslin qui lui fit l'historique de son centre. Comme midi arrivait ils partirent tous les deux déjeuner au restaurant du labo situé au rez-de-chaussée d'un immeuble moderne qui abritait les locaux administratifs de Virus SA. Il faisait beau et les grandes baies étaients ouvertes ; c'était l'été et les filles étaient court vêtues ce qui donnait au  restaurant presque un air de vacances.

    Il était deux heures quand il commença sont audit de sécurité. Paul R. constata que :

  • Le centre étant au premier et dernier étage du bâtiment. Des sky-dômes (des puits de lumière) étaient utilisés comme source d'éclairage naturel. Ceci était évidemment une vulnérabilité importante car des fuites permanentes se produisaient (de l'aveu même du patron)  et en cas de tempête ou de grêle le dégât des eaux était sûr et certain.
  • Le centre ne faisait l'objet d'aucun contrôle d'accès. On pouvait y entrer librement dès lors que l'on avait franchi le poste de garde du campus (comme celui-ci n'était entouré que de haies de lauriers, c'était un jeu d'enfant que de s'introduire sur la zone).
  • Au rez de chaussée se trouvaient stockées des dizaines tonnes de solvants et d'huiles de toutes sortes destinées à la fabrication des médicaments qui s'effectuait dans un autre bâtiment.
  • Tout autour du bâtiment étaient stockées des bouteilles de gaz : oxygène, butane, propane, acétylène, azote. Certes, certaines étaient vides mais une grande partie étaient bien remplies. Les bouteilles de couleurs différentes formaient comme une guirlande décorative du plus joli effet.  Même une bouteille d'azote peut présenter un danger si elle explose sous l'action d'un incendie (alors que l'azote en lui-même est innofensif) alors on imagine l'effet combiné des gaz avec les solvants et autres huiles contenus dans le bâtiment.
  • L'édifice octogonal à quelques mètres du centre contenait des. explosifs comme l'indiquait une pancarte Danger fixée sur la porte.
  • Pour couronner le tout un laboratoire biologique se trouvait complètement enclavé à l'intérieur même du centre de traitement informatique.
  • On en dira pas plus : un simple coktail Molotov jeté sur le bâtiment octogonal à explosifs (lequel était à moins d'un mètre de la haie qui le séparait de la rue) aurait provoqué une très grave catastrophe et la destruction totale du centre compte tenu des produits stockés sous celui-ci.

    Comme les sauvegardes informatiques étaient stockées chez le gardien dont le local était à moins de 15 mètres du stock d'explosif la catastrophe aurait eu des conséquences. tout à fait définitives.

    A ce niveau nul n'était besoin de se préoccuper de faire un plan de continuité, Paul recommanda à son client d'aller faire quelques prières et d'envoyer son obole à Sainte-Françoise la patronne des informaticiens.

Sic Transit Gloria Mundi  

 

    Une explosion... fractale

 

 

 

    Le DOI d'une grande Banque française réfutant les arguments en faveur d'une politique de continuité (le back-up disait-on alors) concluait : « de toute façon j'ai un bon karma. »